par Michel Vaïs » 04 Août 2013, 04:30
Ce sujet me fascine depuis longtemps. Bien sûr que les expériences de la vie ne sont jamais tranchées au couteau. On ne peut pas dire que, à coup sûr, on fait du naturisme ici et pas là. Mais si on examine la pensée d'un grand psycho-sociologue français, Marc-Alain Descamps, il a écrit en 1972, dans «Le nu et le vêtement», que les habits nous servent surtout à séduire et à tenir un rôle social, donc à nous intégrer dans la société tout en nous y distinguant. Le rôle protecteur des vêtements est en effet nul lorsque l'environnement n'est pas hostile, comme les naturistes le savent bien. Plus précisément, Descamps écrit que les vêtements nous aident à jouer le rôle que l'on se sent appelé à jouer dans la société. Quant au maillot de bain, il est essentiellement un instrument de séduction puisqu'il ne protège de rien, sinon les parties sexuelles du regard des autres.
Or, la grande révolution des naturistes consiste à laisser tomber les vêtements sans mettre en danger l'ordre social. On devient vulnérable sans se sentir menacé, on cesse de jouer un rôle dans la société comme la plupart des gens sont obligés de le faire tous les jours dans leur vie textile, pour se retrouver sans masque, aussi innocent que l'enfant qui vient de naître, exposé au jugement d'autrui mais sans crainte parce que les gens autour de nous, même si on ne les connaît pas, ne vont pas nous juger, nous observer, nous cataloguer. Nu, on n'a pas de bouclier ni d'armes.
Si on n'est entouré que de personnes que l'on connaît bien, la dimension sociale n'est pas vraiment là, ou très peu. Est-ce du naturisme ou pas encore: la question est secondaire. Mais ce qui est sûr, c'est que lorsqu'on est nu en présence d'inconnus, le rôle social du naturisme prend tout son sens et l'on découvre des valeurs fondamentales: partage d'une expérience intime sans but sexuel, reconnaissance des autres dans leur vulnérabilité et leur vérité car ils ne jouent plus (ou peu) de rôle social (sans vêtements, c'est plus difficile); beaucoup de femmes disent se sentir en sécurité en milieu naturiste, même avec des étrangers, car elles se sentent moins observées et jugées; cela contribue à un sentiment d'apaisement, de détente plus profond et complet; c'est l'être qui prend la première place plutôt que l'avoir. Voilà pourquoi des centaines de gens qui ne se disaient pas naturistes mais qui ont posé nus pour Spencer Tunick à Montréal en mai 2001 ont évoqué dans les médias plusieurs de ces valeurs qu'ils découvraient et que les naturistes connaissent bien. Ils ont découvert qu'il peut exister une micro-société nue, sans que ce soit la révolution ou que ça vire à une gigantesque orgie!
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