Un texte jugé puritain
En réponse à une chronique de M. Alain Bouchard intitulée Les tout nus "naturistes" parue le jeudi 18 avril 1985.
Que monsieur Bouchard ne soit pas d'accord avec ceci ou cela (en l'occurrence le naturisme) ne me dérange pas, et je ne prendrais pas la peine de vous écrire, si ce n'était du ton qu'il se permet d'employer dans sa chronique, un ton qui n'est manifestement pas à la hauteur du journal qui l'engage.
Monsieur Bouchard ne s'arrête pas à ce que le conférencier tentait de communiquer, il s'en prend plutôt à sa personne, à sa chemise, à sa sueur : 'Au moment où il communiquait cette belle découverte (...) il transpirait abondamment... et il était habillé. Sa chemise laissait donc voir de grandes taches de sueur sous les aisselles mais, nu, tout ça aurait dégouliné le long de son corps pour aller ruisseler au pied du micro."
C'est là, il me semble, un manque d'éthique élémentaire et insupportable. Ce ton, d'où le mépris et le sarcasme ne sont pas absents, est celui de la feuille de chou, et du journal à potins. Les arguments de M. Bouchard, de surcroit, sont de l'ordre de : monsieur "X" porte une moustache, dont il n'est pas crédible, ou madame Y pèse tant, ce qu'elle dit est donc risible.
Paradoxalement, cette chronique du 18 avril atteint des objectifs qui semblent échapper à son auteur. Un: elle lui enlève toute crédibilité; deux: elle ne discrédite pas, comme le souhaiterait peut-être monsieur Bouchard, le naturisme, mais révèle au lecteur le malaise et l'étroitesse d'esprit de l'auteur face au sujet qu'il aborde. En effet, il établit précisément avec son lecteur le climat de malaise que le conférencier dénonçait; une analyse de fond le démontrerait ra pidement; contentons-nous de citer quelques passages éloquents.
...À moins que la nudité n'arrive tout simplement pas à faire rire? Tiens, ferait-elle rire monsieur Bouchard? Le Y aime bien l'argent des nudistes, il est également prêt à leur voir les fesses... Je connais des gens qui s'en vont très loin, dans les îles du Sud, pour se mettre le derrière à l'air... Pas besoin de payer $1,000 et d'aller à 1,000 milles de chez eux pour se voir et se montrer le derrière...
Ces propos sont du calibre de ceux qu'on entend parfois dans la cour d'une école primaire.
Le puritanisme béte, les préjugés et le mépris ont leur presse, je regrette qu'un journal prestigieux comme LE SOLEIL propose à ses lecteurs ce genre de texte, qui se situe en deçà d'un journalisme professionnel.
Solange Lévesque
Montréal
Le Soleil, 18 mai 1985, page B5
Source :
http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2911794========
Un nudiste devant la loi
LS-19850527-B5.png
Le Soleil, 27 mai 1985, page B5
Source :
http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2912083========
Le nu à la radio
LD-19850719-P6.png
Le Devoir, 19 juillet 1985, Page 6
Source :
https://news.google.com/newspapers?id=w ... %2C1698325========
Des milliers de Québécois choisissent de vivre nus
par Florian Bernard
LP-19850826-A8.png
(Semi-page complète, texte reproduit ici)
Que ce soit en famille, dans l'intimité de leur piscine, au chalet, près d'une rivière isolée ou dans un camp, un nombre grandissant de Québécois de tous âges et de toutes conditions pratiquent le naturisme. Aux États-Unis, un récent sondage Gallup a établi à 15 p. cent le nombre d'Américains qui s'adonnent au naturisme, collectivement ou privément. Chez nous, aucun sondage formel n'a encore établi de chiffres, mais selon le fondateur de la Fédération naturiste du Québec, M. Michel Vaïs, le pourcentage des naturistes serait sensiblement le même.
Chose certaine, il s'agit d'un phénomène social qui a pris beaucoup d'ampleur au cours des récentes années et qui n'est plus marqué, comme jadis, de tabous et d'anathèmes. On ne fait plus la chasse aux naturistes au Québec. Il s'agit d'une activité légale qui a pignon sur rue. La Fédération de naturisme est reconnue par le gouvernement et possède son siège social dans l'immeuble regroupant les organismes accrédités de loisirs et de récréation, rue Pierre de Coubertin.
Il y a une dizaine de centres naturistes au Québec dont certains comme le Domaine Le Cyprès, près de Shawinigan, peuvent accueillir jusqu'à 2000 personnes par jour. D'autres centres, très actifs, notamment La Pommerie de Saint-Antoine-Abbé, L'Oasis de La Plaine, Loisirs-Soleil de l'Avenir, la Vallée Rustique de Frelighsburg, le camping Nature-Détente de Saint-Raymond-de-Portneuf, L'Eden de Terrebonne ou le Centre naturiste de Chertsey enregistrent globalement, chaque été, de 300 000 à 500 000 entrées. Outre les centres accrédités par la Fédération, il existe une demi-douzaine de terrains de camping naturistes, possédant les permis requis.
Mais tous les naturistes ne fréquentent pas les centres. On trouve au Québec plusieurs plages libres et des « zones de tolérance », par exemple la Pointe Taillon, au Lac Saint-Jean, où des affiches ont été installées indiquant qu'au-delà de certaines limites on risque de rencontrer des baigneurs sans vêtements. Ces affiches ont été mises en place par la direction du parc.
Il n'est pas rare de voir des couples, des personnes seules ou des familles entières pratiquer le naturisme à la rivière Montmorency, à Boischàtel, aux cascades de Baie Saint-Paul, à Saint-Irénée de Charlevoix, à la baie de Cap-aux-Oies près de Charlevoix, à la rivière sauvage près du lac Delage, à Havre-Aubert dans les Îles-de-la-Madeleine, sur les rivages sablonneux de la rivière rouge au nord de Saint-Jovite, dans le parc d'Oka, aux petites chutes de Namur sur le chemin de Montebello, aux chutes de Sainte-Agathe, aux cascades de Saint-Jean-de-Matha, à l'étang de la carrière de Vaudreuil, aux sablières de Saint-Pol_poe et de Saint-Lazarre, au lac Vert près de Saint-Romuald, à North Hatley, dans l'île-aux-Sternes et en plusieurs autres endroits.
Des naturistes vont même, occasionnellement,prendre du soleil dans le cimetière du Mont-Royal et à l'extrémité du chemin du golf, dans l'Île-des-Soeurs. Il faudrait, pour donner une juste idée de l'ampleur du mouvement naturiste, citer le cas de nombreuses personnes qui s'adonnent au nudisme dans leur piscine familiale, à leur chalet, et qui affectionnent les bains de minuit.
En compagnie du fondateur de la Fédération naturiste, M. Michel Vais, LA PRESSE a visité un centre, celui du Domaine Le Cyprès, à Notre-Dame-de-Montauban, près de Shawinigan. Cet après-midi-là, quelque 300 personnes s'y trouvaient, dont une centaine d'enfants. Sauf l'absence de tout vêtement des campeurs, ce centre aurait pu être confondu avec n'importe quel camping familial. On y trouvait de tout : jeux d'équipe, volleyball, baignade, feu de camp en soirée, pique-nique, sentiers écologiques, etc.
Le terrain était d'une propreté exemplaire. Ce qui frappait, au premier abord, était le caractère chaleureux et amical des campeurs. Ici, aucune moto, aucun alcool en dehors du restaurant ou des habitations, aucun geste déplacé. Les enfants étaient pris en charge par un moniteur, Martin Pilotte, 24 ans, ancien chef de louveteaux.
Le directeur du centre, M. Roland Dion, 56 ans, un ex-restaurateur de Québec, a créé le Domaine en 1978, avec sa femme et ses huit enfants. Il y a investi plus de $200 000. Plusieurs de ses fils sont maintenant employés par le centre. «J'ai voulu, a déclaré M. Dion, créer un centre familial à la portée de tous les budgets». Une famille de 4 personnes peut passer un week-end complet au Domaine pour $34. Les enfants de moins de 18 ans sont admis gratuitement.
Mme Colette Boisvert, responsable de la section naturiste de la Mauricie, fréquente le centre depuis cinq ans avec son époux et ses deux fillettes, Kathy, 10 ans, et Caroline, 7 ans. Cette ex-enseignante croit énormément dans la philosophie naturiste. « Un camp naturiste est probablement le seul endroit, dit-elle, où on peut laisser ses enfants en toute liberté, sans craindre les enlèvements ou les sadiques. Ici, la nudité fait partie intégrale de la vie et personne n'y voit de mal. C'est drôle à dire, mais c'est dans un camp naturiste que l'on rencontre le moins de voyeurs ».
Le spectacle de douzaines d'enfants de tous âges s'adnnnant au plein air et à leurs jeux dans un centre naturiste ne manque pas de frapper le visiteur néophyte et de susciter de profondes réflexions. Ces enfants sont les plus libres et les moins inhibés de toute la terre. Une gamine blonde et bronzée des chevilles au front, Rhéa, onze ans, a bien résumé ce que vivent ses copains et copines lorsqu'elle a dit au photographe de LA PRESSE : « Dans quelques jours, il faut retourner à l'école. Ce qui va me manquer le plus, ce sont mes amis du domaine ».
On a souvent noté que la criminalité juvénile est à peu près absente chez les enfants de familles naturistes. La Fédération naturiste poursuit actuellement des recherches dans ce domaine. Une chose est sûre; en dix ans d'opérations, aucun problème de drogue n'a été relevé chez les milliers d'adolescents qui ont fréquenté les centres naturistes du Québec. Plusieurs de ces adolescents sont maintenant adultes et s'apprêtent à élever leurs propres enfants dans la philosophie naturiste.
Sauf de rares exceptions, les centres naturistes n'admettent pas les célibataires et les personnes seules, hommes ou femmes. Il faut s'y rendre en couple ou en famille. Certains centres, comme La Pommerie, acceptent les personnes seules qui sont recommandées par un membre en règle et dont on connaît la bonne réputation. « C'est un règlement qui peut sembler discriminatoire, d'expliquer M. Michel Vais, mais c'est peut-être le prix à payer pour assurer la quiétude des esprits et le caractère familial du naturisme ».
Ce règlement tend toutefois à s'adoucir graduellement, notamment depuis la multiplication des situations monoparentales. « Malgré le règlement, d'ajouter M. Vais, un célibataire de bon comportement pourra toujours se faire admettre dans un centre ». C'est ainsi que, depuis quelques années, plusieurs religieux fréquentent des centres naturistes, conservant bien sûr leur anonymat.
La Presse, 26 août 1985, page A8
Source :
http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2251788
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