Puisque cela semble en intéresser quelques uns, voici un extrait de l'article que j'ai publié dans Le Devoir sur ce sujet en 2002. Cela, pour compléter l'article de Jean Beaunoyer de La Presse, qui, lui, n'a pas vu le spectacle.
L'espace ouvert
Accueil et renouveau
17 août 2002 |Michel Vaïs | Théâtre
À l’Espace Libre, les membres-fondateurs ont toujours voulu être ouverts à tout ce qui au théâtre se voulait expérimental.
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Arrive le GTÉQ
En 1995, un nouveau groupe connu sous le nom de Grand Théâtre Émotif du Québec (GTÉQ) décrète que l'année 1996 sera celle du Grand Ébranlement. Accueilli par le NTE pour donner à Espace Libre une nouvelle création les trois premiers jours de chaque mois, création préparée donc en un mois, le GTÉQ joue avec les lettres du mot É-B-R-A-N-L-E-M-E-N-T et ouvre sa programmation, le 1er janvier, avec un spectacle conçu autour du mot «Éden». Suivront des pièces intitulées: Barbarie, Rien, Avril, etc. Le 1er septembre, c'est avec une émotion extraordinaire que la création du mois, préparée dans la peine et l'urgence en une quinzaine de jours, devient un vibrant hommage à Robert Gravel auquel prennent part des douzaines de comédiens, habitués d'Espace Libre. À partir de la lettre E, les artisans du GTÉQ ont créé et présenté pendant les trois premiers jours du mois, comme ils s'y étaient engagés pour toute l'année, Exécution ou la mort du roi Trébor. Il fallait une telle célébration pour dire adieu au doux géant d'Espace Libre.
Notons que c'est sur un texte écrit par Gravel et Alexis Martin que le GTÉQ avait auparavant monté la pièce Nudité, présentée le 1er mai 1996. En fait, ce petit dialogue à quatre voix constitue la dernière oeuvre théâtrale écrite par Robert Gravel. Les membres du GTÉQ avaient demandé aux deux complices d'imaginer une pièce banale mettant en présence, dans une maison de banlieue, deux jeunes couples BCBG dont l'un rendait visite à l'autre. Seule particularité: sans qu'il n'y soit jamais fait allusion dans le texte, tous les personnages étaient nus, et le public aussi. Cette expérience unique dans le théâtre montréalais, qui s'est déroulée dans le plus grand calme et une simplicité exemplaire, consistait à voir si le nu pouvait être banal et naturel sur une scène, et si l'on pouvait le dissocier de toute connotation sexuelle ou choquante. Malheureusement, la pièce n'a été donnée que deux fois. L'Escouade de la Moralité du Service de Police, alertée par certains médias, a en effet menacé le NTE de sévir en cas de récidive, et les comédiens, solidaires avec la direction du NTE, ont préféré mener d'autres combats, plus artistiques à leurs yeux que celui du droit à la nudité.
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Pour répondre à Vittorio : AUCUN règlement municipal n'interdit de montrer du nu sur une scène à Montréal. D'ailleurs, les policiers ont plutôt déclaré que, comme le public devait être nu, le spectacle devenait illégal car il aurait fallu un « permis d'exploitation de l'érotisme » ! Or AUCUN règlement municipal ne dit cela. J'ai écrit d'autres textes sur cette expérience unique, dans JEU, dans Au naturel et dans mes livres. Je pourrai les reproduire ici si ça vous intéresse. Ce qui a été très comique, ç'a été de voir les policiers, en civil, arrivant au théâtre (un nombreux public les attendait dans la rue, et j'avais alerté plusieurs confrères des médias), et de les voir S'ENFUIR pendant qu'on leur courait après, avec nos micros et nos caméras pour leur poser des questions...! Ça m'a rappelé Le Gendarme de Saint-Tropez, à l'inverse, parce que c'étaient les policiers qui s'enfuyaient.
