par Michel Vaïs » 28 Janvier 2014, 18:55
Pour obtenir des plages libres, sûres et reconnues, au Québec, il faut non seulement les fréquenter régulièrement, mais les défendre devant les pouvoirs publics. Voici deux exemples de plages naturistes pour lesquelles j'ai personnellement présenté des mémoires au Gouvernement du Québec. Cette histoire se trouve dans «Nu, simplement», pages 173 à 175. Depuis 1985, je n'ai pas entendu parler d'un seul autre mémoire présenté par des naturistes à des pouvoirs publics au Québec.
Que cela ne nous empêche pas, cependant, d'appuyer les efforts de naturistes américains pour faire reconnaître «plus d'espace naturiste aux É-U».
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Le cas de la plage de la Pointe-Taillon, près de Saint-Henri-de-Taillon au Lac-Saint-Jean, est particulier, car c’est la seule au Québec à avoir – brièvement – bénéficié d’une forme de reconnaissance. Une pancarte en bois gravé, fabriquée et installée par un service du gouvernement provincial, annonçait qu’il s’agissait d’une plage naturiste : «Section naturiste – Baignade non surveillée». Elle a été installée en juillet 1982, à l’époque où quelques douzaines d’adeptes fréquentaient la plage et j’en ai publié plusieurs photos dans «Au naturel». Dès 1980, selon les fonctionnaires locaux, le nombre de baigneurs nus atteignait quotidiennement et simultanément entre trois cents et trois cent cinquante personnes. Les panneaux encadrant la section naturiste, par leur caractère officiel, ont fait monter la fréquentation. Les naturistes de la région ont compté jusqu’à sept cents personnes nues présentes en même temps une journée d’août 1984.
Malheureusement, malgré un mémoire que j’ai déposé au nom de la FQN aux audiences tenues les 7 et 8 juin 1985 à Alma, le statut de cette zone est passé de «plage provinciale» à «parc provincial» et une piste cyclable a été aménagée le long de la plage jusqu’au bout de la pointe, rendant celle-ci désormais inutilisable par les naturistes. Pourtant, les autorités du ministère des Loisirs évaluaient à 16,1 % la clientèle naturiste en haute saison. Ces mêmes autorités ajoutaient que la proportion de naturistes était beaucoup plus forte en demi-saison ou en basse saison, ceux-ci constituant une clientèle plus fidèle et régulière.
Mais la plus connue des plages libres (ou «naturistes-libres», comme disent ses usagers) est celle du parc Paul-Sauvé à Oka, que l’on appelle OKApulco. Ce nom a été donné à la plage par la journaliste Marie Plourde du «Journal de Montréal» en 1997, qui s’est apparemment souvenue du mot d’esprit d’un policier pendant la crise qui avait opposé des Amérindiens à la municipalité d’Oka en 1990 : «Bienvenue à Okapulco !» Des membres du Groupe de préservation d’OKApulco (c’est le nom du principal groupe d’usagers) ont déjà compté mille deux cents personnes nues sur la plage en même temps, y compris quelques handicapés en fauteuil roulant. Pourtant, un écriteau annonce à l’entrée de la zone naturiste que la nudité y est interdite et passible de poursuites. Il faut dire que, il y a quelques années, un autre écriteau affirmait dès l’entrée du parc Paul-Sauvé que le nu était illégal dans l’ensemble du parc. Il y a donc du progrès… Cela dit, le Groupe de préservation d’OKApulco, dont les principaux dirigeants depuis une vingtaine d’années, se nomment, entre autres, Marcel, Al dit le Rateau et Jacques-André Gill, est un simple regroupement informel qui n’a toujours aucune existence légale. Cela n’empêche pas les adeptes de se réunir tous les ans à l’automne dans un grand restaurant de Laval pour leur partie annuelle, où l’on compte des centaines de participants.
Le 7 décembre 1982, la FQN, que je présidais, avait présenté publiquement, aux audiences de Saint-Eustache, un mémoire au ministre Guy Chevrette, responsable à Québec du loisir, de la chasse et de la pêche. Ce mémoire est publié intégralement dans «Au naturel» numéro 14, hiver 1983, p. 3-6. J’avais rédigé ce texte avec deux usagers naturistes d’Oka, le peintre François de Lucy et la poétesse Sylvie Gélinas-Sicotte. Cette unique fille de Gratien Gélinas, membre active de la FQN, habitait en outre dans la ville d’Oka, à deux pas de la maison paternelle. Elle venait souvent à la piscine naturiste du cégep de Maisonneuve, à Montréal, avec sa grande fille (qui deviendra la romancière bien connue Anne-Marie Sicotte), mais elle se désespérait de pouvoir y amener aussi son fils ado…
Le ministre péquiste m’a écouté en silence livrer un résumé de notre mémoire, dans lequel nous faisions état d’une présence attestée de naturistes sur la plage en question depuis les années 1950. Citant une abondante jurisprudence, nous demandions qu’une portion de la plage, bien délimitée, soit reconnue officiellement comme naturiste par l’installation de panneaux avertissant les usagers. Cela éviterait les heurts éventuels entre des familles naturistes bien intentionnées et des usagers textiles que les premières pourraient offenser involontairement. En outre, la présence de panneaux indiquerait aux naturistes où est la fin de la zone sans maillot, et les pousserait à se vêtir s’ils désiraient s’aventurer plus loin. Une telle plage naturiste officielle près de Montréal serait de nature à attirer un tourisme écologique dans la région. Le ministre m’a écouté, sans rire. Puis, silence. Lorsque je lui ai demandé s’il avait des questions, s’il avait compris notre demande, il a eu pour toute réponse : «Nous vous avons reçus et nous avons lu votre mémoire : c’est déjà beaucoup. On aurait pu vous refuser en bloc. Nous vous avons permis de vous exprimer publiquement. Soyez contents.» Au suivant !
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