par Michel Vaïs » 20 Mai 2016, 13:15
Merci, Jean, pour ton beau témoignage, qui me donne envie de faire pareil. Chacun a une histoire à raconter. Moi, je pense que beaucoup de gens (pas tous, bien sûr ! M. À demi-mot) aimeraient bien dire à leur famille, leurs amis ou collègues qu'ils sont naturistes, mais ils n'osent pas parce qu'ils pensent ne pas avoir les mots pour le dire, ou ils sont timides. Ils pensent ne pas pouvoir bien s'exprimer, répondre aux sarcasmes ou aux jugements expéditifs et blessants de leur entourage. Mais je peux vous dire par expérience que cela se soigne !
Je m'excuse d'avoir à citer mon cas, mais j'ai dû apprendre à maîtriser ma langue (française) quand j'étais jeune. Arrivé au Québec à 12 ans avec un fort accent tunisien (pensez à Boujenah ou Enrico Macias, l'Algérien), inscrit dès mon arrivée à l'école anglaise, j'avais tout pour être mélangé ! À 16 ans, j'étais parfait bilingue, c'est-à-dire que je baragouinais aussi mal nos deux langues officielles. J'ai alors fait un choix: celui d'apprendre à maîtriser ma langue maternelle et de faire passer le Broken English en deuxième. Je voulais me débarrasser de mes tunisianismes sans pour autant adopter le joual, pour arriver à m'exprimer le plus clairement possible. Bien sûr, on m'a pris de plus en plus pour un Français, car parler clairement est devenu une seconde nature pour moi, en évitant aussi l'accent parisien... Tout un combat, qui a duré des années, et qui a même inclus des cours de diction, de pose de voix et de prononciation. À 17 ans, je voulais faire de la radio et j'ai passé des auditions, mais ça n'a jamais marché. Puis, la découverte du théâtre m'a beaucoup aidé à vaincre ma timidité en public et à mieux m'exprimer. Je n'ai fait de la radio que beaucoup plus tard, déjà professeur à l'Université, alors qu'on est venu me chercher pour animer des émissions sur le théâtre à la Chaîne culturelle de Radio-Canada. Mon long apprentissage de la belle langue française m'a alors beaucoup aidé.
Tout ça pour dire que beaucoup de gens peuvent apprendre à parler de naturisme s'ils font des efforts. Il faut pour cela le pratiquer. Discuter posément (sans recourir tout de suite aux insultes, aux exclamations, aux moqueries...). La discussion aide à trouver des arguments et à améliorer son discours. Écrire aussi (dans ce forum, par exemple) contribue, pour soi-même autant que pour ceux qui nous lisent, à mieux comprendre d'où vient cet intérêt que nous partageons pour le naturisme, ce que cela signifie pour chacun de nous, en quoi ça consiste vraiment, etc. Si j'ai écrit un livre sur ce sujet, c'est justement pour moi-même d'abord. Parce que ça m'aide à voir plus clair dans ma démarche.
Je pense qu'il faut éviter les petites phrases assassines, comme celles que commet parfois Vittorio. J'aime beaucoup Vittorio pour sa générosité, son naturel, sa disponibilité, mais je n'aime pas ses petites phases démoralisantes, comme quand il a dit que la dernière fois qu'un journaliste était venu à la piscine de la rue Sanguinet, il a parlé de nous comme d'une « secte sympathique ». D'abord, il faut savoir que ce jeune homme, Naël Shiab, était alors un étudiant en journalisme qui écrivait dans le journal Montréal Campus. (Il en deviendra plus tard le rédacteur en chef.) Certes, son article contenait quelques maladresses ou ingénuités, et de toutes façons, ce n'est jamais le journaliste qui choisit ses titres, mais son patron. Mais de façon générale, son article était plutôt positif et ouvert d'esprit. Alors, Vittorio, s'il-te-plaît, évite des petites phrases comme celle que j'ai citée, car cela est démoralisant et risque de décourager les naturistes de chercher à intéresser d'autres journalistes à nos activités.
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