par Michel Vaïs » 21 Avril 2016, 11:11
Puisqu'on continue de parler de crème solaire, voici les pages 137-143 de Nu, simplement, qui résultent de recherches assez poussées que je cite:
On s’entend pour dire que l’amincissement de la couche d’ozone rend désormais dangereuse l’exposition du corps au soleil. Encore une fois, il s’agit là d’un prétexte pour rejeter la nudité, sans avouer que l’on a des préjugés. À cet effet, il est bon de voir comment se comportent les naturistes d’expérience. Nombreux sont ceux qui bronzent sans la moindre crème solaire.
Attention ! Ceci n’est pas une recommandation ni même un conseil. Il peut être dangereux de prendre du soleil sans protection. La seule protection adéquate en plein soleil est d’ailleurs un vêtement qui couvre bras et jambes, sans oublier un chapeau à larges bords pour bien couvrir la nuque. Dans certains cas – les enfants, les personnes devant rester au soleil pour des travaux ou du sport à l’extérieur –, le risque peut conduire à un cancer de la peau, surtout depuis que les rayons du soleil sont devenus plus puissants qu’autrefois.
Il reste que plusieurs naturistes d’expérience ne mettent jamais rien sur leur peau avant de prendre un bain de soleil. Cela ne les empêche pas d’arborer un beau bronzage intégral qui, surprise! s’atténue très peu le reste de l’année. En outre, ils ne semblent jamais attraper de coups de soleil et paraissent aussi plus résistants au froid. Comment font-ils? Est-ce une simple question de type de peau, d’habitude et d’endurance? On sait que les blonds et les rouquins, à la peau blanche et fine, sont très sensibles au soleil (mais ils fabriquent aussi de la mélanine ou de la cystéine, ce qui leur permet, dans de bonnes conditions, avec une alimentation adéquate et une bonne circulation des graisses, d’obtenir un léger hâle protecteur) et l’on entend souvent les dermatologues répéter, sans doute à raison, qu’ils doivent être particulièrement prudents. Cependant, je me permets d’avancer que, même si l’on a la peau claire, malgré l’amincissement de la couche d’ozone et en dépit des fortes campagnes menées par les médecins, alarmés – à juste titre – par l’accroissement inquiétant des cas de mélanomes, l’exemple des naturistes d’expérience contient des enseignements dont nous pouvons tous nous inspirer. Je me base notamment sur les théories et les observations de Fougerat de Lastours, actualisées par France Guillain, qui elle-même cite les études du Dr Jean-François Doré, directeur de recherches à l’INSERM de Lyon. Ce dernier est formel: les gens exposés toute l’année au soleil n’ont pas de cancer de la peau. Le seul endroit où l’on trouve des cancers de la peau en Afrique, c’est sous les pieds !
Ne jamais brûler
Première règle d’or: il ne faut jamais prendre de coup de soleil. On sait aujourd’hui que des brûlures reçues dès l’adolescence peuvent développer un cancer de la peau à l’âge adulte. Il faut donc à tout prix se protéger contre les effets nocifs du soleil, mais faut-il pour autant renoncer à ses bienfaits ? À écouter les dermatologues, on se protège du soleil en se badigeonnant le corps d’une crème épaisse à 40 FPS ou plus, ou mieux, en passant l’été tout habillé de vêtements opaques et... à la maison! Comment s’étonner que les gens écoutent de tels conseils d’une oreille distraite, quand ce n’est pas avec un sentiment de lassitude ou de culpabilité, voire un esprit de contestation ?
Or, que font les «vieux» naturistes? D’abord, ils débutent l’ensoleillement très tôt en saison et graduellement. Dès avril, ou même parfois en hiver, à Montréal, on peut en trouver sur leur terrasse, pour commencer à recevoir de tous leurs pores l’air et le soleil du printemps. Il faut pour cela être patient, guetter les moments où le soleil se montre, même derrière un voile de nuages, et bien s’abriter du vent. Même en avril cependant, le soleil peut être violent et nous jouer de mauvais tours. Il faut donc savoir composer avec lui: s’y exposer d’abord lorsqu’il n’est pas au plus chaud, soit en début de matinée ou en fin d’après-midi. Et surtout, toujours le faire intégralement. La nudité partielle, en suscitant un réchauffement de certaines parties du corps tandis que d’autres demeurent au frais, rend très difficile l’appréciation véritable des effets du soleil. On a un peu chaud par-ci par-là, mais d’autres zones – essentiellement, les parties génitales si l’on porte un maillot – restent fraîches. Si bien que l’on peut brûler sans s’en apercevoir. Le pire est de porter un maillot mouillé qui, par son action refroidissante sur le sexe et le bas- ventre, déséquilibre la circulation sanguine et empêche de bien sentir la chaleur près des élastiques. Combien de gens attrapent leurs pires coups de soleil près des marques du maillot ?
Attention, même si on est entièrement nu, certaines parties du corps vont brûler en premier: les épaules et le nez si on est debout et si le soleil est à la verticale, les seins surtout s’ils sont très protubérants, l’avant des cuisses si on marche, la base du cou parce que la peau y est plus fine, et ainsi de suite selon ses activités, la position du soleil et les caractéristiques de la peau. Il est faux de penser que le sexe, les fesses et les seins sont plus fragiles: la peau y est aussi épaisse (les fesses et les seins) ou plus épaisse (le pénis, les mamelons) que sur d’autres parties du corps; par contre, des seins ou un sexe jamais exposés au soleil et à l’air frais ont évidemment été fragilisés, et c’est cela qui les rend plus vulnérables aux premiers bains de soleil. Le remède est de débuter très graduellement, mais sans recouvrir la moindre partie de son corps, ni d’un vêtement ni d’une crème.
On sait maintenant en effet que les crèmes solaires favorisent le cancer de la peau. Dans le magazine Science et Avenir d’août 1998, l’Américaine Marianne Berwick et le Français J.-F. Doré ont démontré que les filtres solaires, en maintenant les rayons ultraviolets à la surface de la peau pour les empêcher de pénétrer, font que cette énergie phénoménale détruit les protéines et l’ADN, d’où la formation du carcinome. «Le ver est dans le fruit», résument-ils. Pour éviter le cancer, il faut que les UV puissent traverser complètement la peau et les os. À la fois Jean-Marie Bourre (dans La vérité sur les omégas-3, Éd. Odile Jacob, 2004) et J.-F. Doré ont constaté que plus l’indice de protection d’une lotion solaire est élevé, plus il apparaît de problèmes sur la peau (taches, verrues, grains de beauté, etc.).
Du bon usage du soleil
Pour ne pas brûler, il faut absolument se retirer du soleil dès que l’on sent que la peau chauffe. Un écran solaire empêche de ressentir un réchauffement dangereux. De plus, si l’on néglige de mettre de la crème quelque part (ne serait-ce que sur deux centimètres carrés du milieu du dos), c’est le coup de soleil assuré sur cette partie de la peau. Attention, si l’on n’a rien sur la peau et que le soleil chauffe, il est la plupart du temps insuffisant de s’abriter sous un parasol : les rayons solaires traversent aisément la plupart des toiles, et peuvent nous atteindre même à l’ombre. Il y a plus d’un siècle déjà, le Suisse Louis Kühne recommandait de bronzer sous les arbres. Plusieurs naturistes d’expérience bronzent à l’ombre, même par temps nuageux. C’est d’ailleurs la meilleure façon de bronzer, du moins au début.
Conséquemment, il vaut mieux arriver à la plage couvert de la tête aux pieds de pièces de tissu amples et opaques comme un paréo et une serviette (surtout si on doit marcher longtemps au soleil pour atteindre la section naturiste de la plage), puis tout enlever pour le bain de soleil. Il est très important de bien contrôler l’ensoleillement sur son corps. Marcher dix minutes en maillot de bain en plein soleil sans protection suffit pour attraper une brûlure. Ce qui aide, c’est aussi de manger des aliments qui contiennent du carotène (soit, tous ceux qui ont une couleur orange : mangue, papaye, carotte, patate douce, mais aussi brocoli). Autre découverte récente: deux ou trois carrés de chocolat noir (au moins 70% de cacao) par jour préviendraient les coups de soleil grâce à l’effet du polyphénol. Un article du Toronto Star du 26 août 2011 révèle que, selon une recherche du professeur Paul Nghiem de l’Université de Washington à Seattle, la caféine protège aussi contre le cancer de la peau en inhibant la protéine ATR, éliminant des cellules pré-cancéreuses. Il est donc recommandé de prendre un café – non décaféiné – avant d’aller à la plage. On prévoit en conséquence que les prochains écrans solaires contiendront du chocolat et du café...
Attention au vent et à l’eau! Le vent rafraîchit, mais n’empêche pas la peau de brûler. Il rend plus difficile l’évaluation exacte du moment où peut survenir l’excès de soleil. L’eau aussi rafraîchit, et à ce titre, elle peut prévenir l’insolation par temps très chaud. Mais la peau mouillée brûle plus vite que la peau sèche. Ne jamais mettre de lunettes de soleil, mais protéger les yeux de l’éblouissement avec une casquette ou un chapeau. Cela permet au cerveau d’analyser la quantité d’UV présents dans l’atmosphère et d’envoyer sous la peau les graisses qui vont la protéger, transformant ainsi le cholestérol en vitamine D. Les verres fumés empêchent aussi le cerveau de réagir naturellement et d’évaluer le danger de surchauffe. Enfin, l’idéal est de s’activer au soleil, de faire de l’exercice. C’est le meilleur moyen de capter des UV sur toute la surface du corps. Si l’on reste immobile, il est bon alors d’exposer d’abord le devant du corps (en soleil doux seulement), puis l’arrière, un côté, puis l’autre, peu importe dans quel ordre, mais de toujours s’assurer d’un ensoleillement équivalent de toutes les zones du corps, sans jamais en cacher aucune. Ensuite, de se retirer à la fraîcheur, de préférence sous une ombre végétale et épaisse. Dix minutes d’affilée d’exposition immobile peuvent suffire pour attraper un coup de soleil, alors que les mêmes dix minutes réparties sur une heure, ou sur tous les côtés du corps, seraient inoffensives.
Une fois que la peau a atteint un certain niveau de coloration naturelle, on peut allonger graduellement les périodes de soleil, s’exposer un peu plus tard le matin, ou plus tôt l’après-midi, avant de constater le léger réchauffement qui nous fera prudemment cesser l’ensoleillement. Cela exige d’être attentif à son propre corps, de faire preuve d’une grande patience et d’être très raisonnable. Ce n’est donc pas à la portée de tous: certains ne «sentent» pas quand le soleil chauffe trop, comme d’autres, qui font du ski de fond, ne se rendent pas compte qu’à un certain moment, ils devraient enlever certaines couches de vêtements pour ne pas se mettre à transpirer. Ceux-ci arrivent tout en sueur à destination, les vêtements trempés, maudissant ce sport que l’on ne peut pas pratiquer nu !
Beaucoup de gens estiment que le soleil est seul à causer l’assèchement et le vieillissement de la peau. Or, il semble que le manque de sel soit le facteur principal qui fait que notre peau sèche, craquèle et s’écaille. Prendre une douche d’eau douce aussitôt après un bain de mer est une erreur. Il vaut mieux se laisser sécher au soleil et sous le vent. Retarder la douche et éviter le savon quand il n’est pas nécessaire permet déjà de faire un progrès. Le mieux est de prendre des bains de sel. Et le meilleur sel à cet effet, le plus proche du sel de mer, est celui qui sert à déglacer les rues, et qui contient le plus d’impuretés ! Enfin, si l’on fait de l’exercice dans un endroit chaud et humide, le sel de notre transpiration nourrit notre peau. Il est sage ensuite d’éviter de se doucher immédiatement, pour le laisser faire son effet.
Les avantages du bronzage naturel
Selon le médecin français François de David de Fougerat de Lastours, l’ensoleillement avec des crèmes solaires – qu’il appelait le «bronzage mondain» –, s’il peut nous protéger efficacement, ne permet qu’une coloration superficielle, qui disparaît rapidement à la fin de la saison. À l’opposé, le bronzage intégral naturel, s’il est plus lent à se développer, demeure beaucoup plus longtemps. Il avait une explication scientifique là-dessus, qu’il élabore dans sa thèse de doctorat L’homme et la lumière, soutenue en 1925. D’après Fougerat de Lastours, lorsque le soleil suscite la formation et la croissance des pigments responsables de la coloration de la peau, on assiste à un épaississement de la couche de Malpighi, qui se trouve entre l’épiderme et le derme. Le médecin français appelle «pigmentoderme» cet épaississement, qui ne se produit pas lorsqu’une crème solaire prive la peau de certains éléments des rayons du soleil, ou lorsque certaines parties du corps sont recouvertes de vêtements ou cachées. Il recommandait même de prendre du soleil les bras et les jambes écartés. Il a fait de nombreuses expériences à ce sujet, y compris avec des jumeaux identiques dont l’un était exposé intégralement au soleil et l’autre, avec un cache-sexe, ou un cache-cou, ou une simple ceinture. Sur celui qui n’avait rien sur le corps, les effets bénéfiques du soleil étaient toujours plus évidents et mesurables. Les expériences avaient été menées entre autres sur des enfants rachitiques, chez qui le soleil a accéléré la prise de poids et la guérison. Naturellement, si le soleil produit une brûlure, la pigmentation bénéfique ne peut pas apparaître.
Autre avantage du pigmentoderme, si l’on se fie aux travaux du Dr Fougerat de Lastours, l’épaississement de la couche de Malpighi constitue un véritable blindage corporel, qui renforce les effets de la thermorégulation. Le sujet développe donc une meilleure résistance aux légères variations de température et, mieux, il résiste plus facilement aux invasions microbiennes. Cette protection naturelle peut durer, dans certains cas, presque toute l’année. Pour sa part, France Guillain attribue les effets bénéfiques de l’ensoleillement intégral, non pas à l’épaississement de la peau, mais à la meilleure circulation des graisses brunes (ou fluides) par les fascias. Elle recommande aussi d’éviter le soleil de midi, qui détruit les collagènes, tandis que celui du début ou de la fin de la journée les régénère.
Cela dit, le fait de bronzer sans crème solaire n’empêche pas l’utilisation d’un bon produit hydratant après-soleil, au contraire! Il est important de bien entretenir notre peau, qui contribue à nous maintenir en santé, en absorbant des éléments nourrissants tout en évacuant les toxines. Mais mieux que les crèmes coûteuses, France Guillain recommande quelques gouttes d’huile vierge que l’on étale sur la peau mouillée.
Le plus difficile est de pratiquer cette technique de bronzage sans crème en hiver, alors que la période d’ensoleillement, lorsqu’elle existe, est beaucoup plus brève que l’été. Les gens qui ont la chance d’aller dans le Sud l’hiver le font rarement plus de deux semaines. Cependant, si l’on a acquis un bon fond de bronzage intégral du printemps à l’automne, il sera d’autant plus facile de renouer avec le soleil en hiver... en attendant à nouveau le printemps ! Et si l’on a la possibilité de s’exposer dans notre pays au soleil d’hiver, bien à l’abri du vent, il faut en profiter à chaque occasion.
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