par Michel Vaïs » 10 Avril 2016, 10:17
Une écrivaine sûrement prête à découvrir le naturisme.
Voici une entrevue parue dans «Le Devoir» ce matin, avec une jeune écrivaine québécoise qui a découvert le bonheur d'être nue dans un sauna en Allemagne...
Quelqu'un pourrait la contacter pour la sensibiliser au naturisme....
ENTREVUE
Faire sortir le méchant
Geneviève Drolet réfléchit à notre rapport au corps dans «Le guide des saunas nordiques»
9 avril 2016 | Dominic Tardif
«Le guide des saunas nordiques», c’est d’abord ce désir de réhabiliter dans l’imaginaire du lecteur ces endroits ici éternellement poursuivis par des effluves d’hôtels plus ou moins bien entretenus.
Le guide des saunas nordiques, Geneviève Drolet, Tête Première, Montréal, 2016, 192 pages
Gardez-vous votre costume de bain à pois lorsque vous trimballez vos foufounes jusque dans un sauna ? Oui, c’est le gros minimum de la pudeur élémentaire, vous exclamez-vous ? En Allemagne, pareil comportement vous attirerait pourtant des regards lourds de réprobation.
« Mes collègues et moi, on était allés à la piscine et on est ensuite entrés dans le sauna avec nos maillots. On nous a signalés, sans appel, qu’il fallait absolument être nus, alors on est partis », se rappelle l’écrivaine, artiste de cirque et, métier oblige, globe-trotter Geneviève Drolet, en racontant sa première visite dans un sauna, à Munich. Elle avait 20 ans.
Heureusement qu’elle acceptera quelques années plus tard, à Berlin, de complètement tomber la serviette — une exigence tenant essentiellement de l’hygiène. Elle en ressortira avec une nouvelle obsession pour ces lieux où toute honte — celle du bourrelet ballottant ou du sexe chétif — est abolie. Ardente épiphanie dans la vapeur.
Le guide des saunas nordiques, son passionnant cinquième roman, c’est d’abord ce désir de réhabiliter dans l’imaginaire du lecteur québécois ces endroits ici éternellement poursuivis par des effluves d’hôtels plus ou moins bien entretenus. Ce guide qu’Emelyne, jeune mère en déroute, rédige en Finlande, en Estonie et en Allemagne, Geneviève le rédigeait déjà elle-même informellement au gré de ses pérégrinations, là où abondamment transpirer en groupe appartient au quotidien.
Quel plaisir prend-on à se soumettre à une température aussi suffocante ? « C’est un choc vraiment intense pour le corps, comme une drogue », répond la jeune trentenaire, animée par une ferveur de prosélyte.
« Gérer cette chaleur-là vient avec un apprentissage en matière de perte de contrôle. Le sauna provoque presque une douleur. C’est comme une fièvre, c’est quasiment alarmant. Ton corps n’est pas habitué à avoir aussi chaud, mais une fois que tu te laisses aller, il y a un sentiment de liberté, qui provient aussi des hormones que ton corps produit en sortant. C’est très relaxant de ne pas se battre contre les sensations et de plutôt les suivre. »
Toujours fascinée par le corps comme siège de nos angoisses les plus troubles et nos désirs les plus indicibles, Geneviève Drolet ausculte dans ce guide (contenant bel et bien des critiques de vrais de vrais saunas) la libido qui s’assèche et les traces que laisse, sur le corps comme entre deux amants, un accouchement.
La révolution par le sauna
De l’autre côté de l’océan, Emelyne rumine l’apathie de Benoit, le père de sa fille qui ne lui a pas fait l’amour depuis six ans, en tentant de faire sortir le méchant par les pores dilatés de sa peau. Comment ces femmes dodues arrivent-elles à accepter que chacun de leurs plis et replis soit offert au regard de l’autre dans le sauna, alors qu’elle tente toujours d’apprendre, elle, à se réconcilier avec ses propres seins transformés par l’allaitement ?
« La nudité obligatoire du sauna permet de constater à quel point ces gens-là sont confortables avec leur corps, même s’ils ne sont pas tous athlétiques », fait valoir l’auteure de Sexe chronique et de Panik.
« Je voyais des préadolescentes de 11 ans en pleine transformation physique, nues dans les saunas avec leurs parents, et je n’ai pas de difficulté à imaginer qu’elles entretenaient un rapport différent avec leur corps que les préados nord-américaines. Notre pudeur ici a souvent pour conséquence que chaque partie du corps est sexualisée, alors qu’il n’y a aucune tension sexuelle dans un sauna, tout le monde se concentre sur sa propre méditation. J’ai l’impression qu’un énorme changement de société se produirait si tout le monde adoptait ces habitudes-là. »
En attendant que les braises de cette révolution par la chaleur extrême s’enflamment, comment Geneviève Drolet, dans la froidure montréalaise, assouvit-elle son désir de sudations abondantes ? « Mon chum m’a construit un sauna l’an dernier ! » La cour arrière la plus scandinave de tout Saint-Henri.
L’auteure sera au stand 227 du Salon du livre de Québec les 16 et 17 avril.
« La réceptionniste tourne une manivelle et une vapeur infernale envahit la pièce. Emelyne ferme les yeux. Elle a peur qu’ils brûlent. L’Américaine n’en peut plus et sort. En même temps, la grosse femme de la pièce de lavage pénètre dans le sauna. La réceptionniste et elle discutent ensemble en finnois. Elles regardent Emelyne toutes les deux, elles regardent ensuite la branche de bouleau qui l’accompagne. La grosse empoigne l’accessoire et se met à lui flageller le dos en silence, seulement le claquement des branches sur la chair nue d’Emelyne. Celle-ci a l’impression qu’il n’aurait jamais pu en être autrement. Avec une autre femme. La grosse a de la fougue, elle sait comment s’y prendre. Le sang d’Emelyne circule dans ses veines. Son épiderme se tache de rouge. Son corps se réveille, il était temps. »
Extrait du «Guide des saunas nordiques»
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