par Michel Vaïs » 25 Mai 2017, 23:47
3.
Le 7 décembre 1982, la FQN, que je présidais, avait présenté publiquement, aux audiences de Saint-Eustache, un mémoire au ministre Guy Chevrette, responsable à Québec du loisir, de la chasse et de la pêche. Ce mémoire est publié intégralement dans Au naturel numéro 14, hiver 1983, p. 3-6. J’avais rédigé ce texte avec deux usagers naturistes d’Oka, le peintre François de Lucy et la poétesse Sylvie Gélinas-Sicotte. Cette unique fille de Gratien Gélinas, membre active de la FQN, habitait en outre dans la ville d’Oka, à deux pas de la maison paternelle. Elle venait souvent à la piscine naturiste du cégep de Maisonneuve, à Montréal, avec sa grande fille (qui deviendra la romancière bien connue Anne-Marie Sicotte), mais elle se désespérait de pouvoir y amener aussi son fils ado...
Le ministre péquiste m’a écouté en silence livrer un résumé de notre mémoire, dans lequel nous faisions état d’une présence attestée de naturistes sur la plage en question depuis les années 1950. Citant une abondante jurisprudence, nous demandions qu’une portion de la plage, bien délimitée, soit reconnue officiellement comme naturiste par l’installation de panneaux avertissant les usagers. Cela éviterait les heurts éventuels entre des familles naturistes bien intentionnées et des usagers textiles que les premières pourraient offenser involontairement. En outre, la présence de panneaux indiquerait aux naturistes où est la fin de la zone sans maillot, et les pousserait à se vêtir s’ils désiraient s’aventurer plus loin. Une telle plage naturiste officielle près de Montréal serait de nature à attirer un tourisme écologique dans la région. Le ministre m’a écouté, sans rire. Puis, silence. Lorsque je lui ai demandé s’il avait des questions, s’il avait compris notre demande, il a eu pour toute réponse : « Nous vous avons reçus et nous avons lu votre mémoire : c’est déjà beaucoup. On aurait pu vous refuser en bloc. Nous vous avons permis de vous exprimer publiquement. Soyez contents. » Au suivant !
L’attitude du gouvernement du Québec à l’égard des plages libres est paradoxale. La Société des établissements de plein air du Québec (Sépaq) a demandé à la FQN, au printemps 2004, d’éliminer de son site Web toute référence au naturisme aux parcs d’Oka et du lac Simon. Naturellement, la FQN a refusé de s’y plier, car dans son site Web, elle énumère simplement les lieux où l’on constate une pratique naturiste, tout en recommandant aux adeptes de se rendre de préférence dans les centres naturistes reconnus. Mais voilà qu’en juillet 2005, le site officiel du ministère du Tourisme du Québec affichait une référence claire à la pratique naturiste sur la plage d’Oka, invitant les adeptes à s’y rendre: «Et que dire du riche patrimoine naturel du parc national d’Oka ? Aux abords du lac des Deux-Montagnes, la plage compte même une section naturiste, baptisée OKApulco. (Bien qu’il soit interdit, selon les autorités, le naturisme y est toléré depuis près de vingt ans.) » [sic] Sans compter que tous les étés, des douzaines de touristes européens sont dirigés par le ministère du Tourisme vers le bureau de la FQN au stade Olympique, en quête d’information sur les lieux où il est possible d’être nu. En mai 2011, le populaire magazine L’actualité, dresse pour ses trente-cinq ans une liste de trente-cinq plages québécoises, et précise pourquoi on met le site d’Oka en première place : «Pour sa grande plage couleur paille, sa proximité avec Montréal et sa section pour naturistes, surnommée “Okapulco”. »
Dernière édition par
Michel Vaïs le 26 Mai 2017, 00:17, édité 1 fois au total.
facebook.com/nu.simplement
(Nouveau site Web) : michelvais.com