par Michel Vaïs » 10 Octobre 2013, 16:28
Quelle belle histoire, Martin F. !!! Je dois vous connaître, puisqu'à l'époque du Centre Lucie-Bruneau, je ne manquais pas une soirée de piscine naturiste et, surtout, de volleyball ! L'accueil était surtout assuré par Royal, Vittorio, feu Robert Richer, et Claudette Perry donnait des cours de massage très populaires... Mais j'étais toujours là pour accueillir les nouveaux.
Votre histoire me rappelle deux autres cas. D'abord celui de Jean Lafontaine, qui s'occupe maintenant du volleyball à la Pommerie, où il surveille aussi la piscine. Il voulait participer aux activités naturistes alors qu'il n'avait pas encore 18 ans. Mais j'ai dû lui demander de venir avec un parent ou un tuteur, ou d'attendre d'être majeur. Ce qu'il a fait, et il m'a même demandé de parler à sa mère au téléphone pour la convaincre de le laisser partir. Plus tard, il a été élu au conseil d'administration de la FQN, et a été le premier à diriger la Section Jeunesse.
L'autre cas est celui d'une jeune femme nommée Nicole, dont j'ai oublié le nom de famille, et dont je parle dans mon livre aux pages 127-129:
Un jour, j’ai répondu à une jeune femme qui a appelé au bureau de la FQN pour savoir si les handicapés étaient acceptés à nos activités. Je lui ai répondu que, bien sûr, ils étaient acceptés : en fait, à cette époque, l’entrée était gratuite pour les handicapés. Et j’ai commencé à lui donner quelques exemples d’adeptes ayant souffert de polio, ou d’autres troubles physiques. Elle m’a répondu qu’elle s’appelait Nicole, qu’elle était handicapée, et qu’elle avait bien envie « d’essayer ça ». Lorsque, trois jours plus tard, je l’ai vue arriver à la piscine du cégep de Maisonneuve, à Montréal, j’ai eu un choc. Je m’attendais à voir arriver une femme en béquilles, ou en fauteuil roulant. Nicole était une ravissante jeune femme, marchant bien sur ses deux pattes, mais aveugle !
Elle était venue seule de Granby, en autocar et en métro. Je l’ai escortée vers le vestiaire, lui laissant prendre mon bras. Elle s’est déshabillée rapidement, puis m’a suivi vers la piscine avec sa canne blanche. Tout ce qu’elle m’a demandé, c’était que je l’amène au bord de l’eau, du côté peu profond. Les baigneurs présents se sont tous reculés, décrivant autour d’elle un grand cercle d’incrédulité. Le silence pesait. Elle s’est doucement mise à l’eau, puis chacun a tenté de faire comme d’habitude : jouer au ballon, nager un peu, bavarder en petits groupes, en lui jetant tout de même des regards furtifs, au cas où elle aurait besoin d’aide. Les sauveteurs se sont approchés. À un moment, nageant près d’elle, je lui ai demandé pourquoi elle avait tant voulu connaître le naturisme, alors qu’en général, on associe plutôt la nudité en commun à une expérience visuelle. Elle m’a répondu qu’étant aveugle de naissance, elle n’avait aucune idée de ce à quoi ressemblait son corps et que pour elle, il était important de se sentir acceptée comme elle était. Je l’ai ras-surée en lui disant qu’elle était très belle et bien proportionnée, et que je serais heureux que son expérience lui soit utile. Nicole n’est revenue que quelques fois à la piscine, à cause de la difficulté de faire le chemin de Granby à Montréal, mais je l’ai revue quelques années plus tard, à La Pommerie. Mariée à un autre aveugle de naissance, elle m’a semblé tout à fait épanouie.
Dans un environnement naturiste, on découvre rapidement l’immense variété des corps humains. On dit que lorsqu’on se regarde, on se désole, et quand on se compare, on se console. Sans avoir à observer les gens, on se rend compte qu’il y en a toujours des « pires » que soi. Et le fait que ces gens paraissent s’accepter comme ils sont m’aide d’une part à m’accepter moi-même, d’autre part à les trouver beaux. La véritable beauté naturiste, c’est une personne en santé, qui s’accepte et qui rayonne de plaisir. Cela se voit surtout dans l’éclat des yeux.
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