Nous avons assisté à cette représentation dimanche soir dernier à l'Agora de la danse.
" Fin de série "
Tiré de l'oeuvre de Martine Delveaux, " Des filles en série "
Production et chorégraphie de Manon fait de la danse ( Manon Oligny )
" Elles sont six, devant vous et elles sont toutes pareilles. Presque pareilles. Ce sont des filles en série. Leur chevelure, leur costume, leurs chaussures, leurs mouvements synchronisés donnent l'image d'une machine parfaitement huilée. Et vous, vous connaissez ces images. Ces corps de femmes dont les mouvements s'agencent parfaitement. Des jumelles qui bougent les unes aux côtés des autres, qui ne se distinguent les unes des autres que par un détail. Elles forment une masse, indifférenciée. Et pourtant..."
" En venant jusqu'ici, ce soir, vous en avez peut-être croisées, sur un panneau d'affichage, dans la vitrine d'un magasin, dans la rue. On aime tellement voir des filles ensemble que se ressemblent! Ça fait plaisir, ça fait frissonner! Comme si dans cette seule vision, se tenait le sens même de la beauté. Et l'impression d'un ordre. Filles-machine, filles-images, filles-spectacles, filles-marchandises, filles-ornements...elles sont l'illusion de la perfection. Mais d'une perfection qui s'invente sur le dos des femmes, ces danseuses de la vie ordinaires qui se débattent avec les images qu'on leur colle sur la peau. des images qu'elles aiment, elles aussi, et auxquelles elles adhèrent parce qu'elles ont compris que ça avait à voir avec leur place dans le monde. Elles tombent dans le piège, et se relèvent aussitôt, se rebiffent, prennent les images à bras le corps, leur tordent le cou, leur cassent la figure, les envoient valser. "
" Dans - Fin de série - les filles des publicités, des défilés de mode, des vidéoclips, essayent de dingliguer la machine. Ces filles en série produites à la chaîne deviennent ingouvernables. Elles tirent le tapis sous nos pieds et luttent contre leur reproduction mécanique pour retrouver leur souffle. Ensemble, elles s'extirpent de la boîte à musique et explorent le pouvoir que contiennent les images quand on cherche à rompre avec elles, quand on les fait bouger, glisser, vaciller. "
Une chorégraphie rythmée assisté de chants lyriques, qui illustre le combat de filles voulant briser le moule dans lequel la société veut bien les voir intégrer. Elles s'unissent dans un même combat malgré leurs différences singulières, afin de briser les chaînes des diktats sociaux dans lesquels on les a entraînées.
Elles finissent par se départir de leur costume et chevelure identiques, symboles d'une libération individuelle, elles apparaissent soudain nues avec leur propre identité, différentes des unes des autres.
Je ne pouvais m'empêcher de faire le lien avec nos propres appréhensions à avoir à dévoiler notre propre corps. Sous les pressions sociales, il devient difficile de briser les carcans de la femme ou de l'homme idéal. Dans notre milieu naturiste nous savons que nous y sommes parvenus, pas toujours totalement mais le cheminement vers une acceptation plus grande de nos différences a grandement progressé pour notre plus grand bien-être.
Jean Morency
