par Michel Vaïs » 13 Février 2015, 10:27
Une autre critique, parue dans « Le Devoir » aujourd'hui:
Effeuillages
Dans la pièce, les corps apparaissent dans toute leur splendeur, mais ils expriment aussi, et peut-être même surtout, la vulnérabilité, la fragilité, l’intimité
Les dévoilements simples (strip-tease)
Mise en scène : Félix-Antoine Boutin.
Une production de la compagnie Création dans la chambre.
Au théâtre La Chapelle jusqu’au 14 février.
Les créations de Félix-Antoine Boutin se suivent et ne se ressemblent pas. Du théâtre de chambre au happening en plein air, de l’installation en cabanes au mythe grec servi à la sauce karaoké, l’auteur et metteur en scène ne s’interdit rien… et c’est tant mieux ! Ces jours-ci, le jeune homme s’appuie sur les Variations Goldberg de Bach pour explorer le thème de la mise à nu.
Les dévoilements simples (strip-tease), c’est une collection d’images d’une beauté exquise, une suite de tableaux peuplés de modèles vivants, une forme de retour aux sources. Dans ce qui s’apparente à une recréation kitsch du jardin d’Éden, carré d’herbe jaunie où sont posés quelques arbustes, où les fleurs et les ours sont faux, mais où les tortues sont vraies, des hommes et des femmes se dévêtent en solo, en duo ou en choeur.
Les corps apparaissent dans toute leur splendeur, mais ils expriment aussi, et peut-être même surtout, la vulnérabilité, la fragilité, l’intimité. Quel bonheur, dans une société où la nudité est le plus souvent ostentatoire et marchande, de la voir redevenir un don, une offrande, un partage, la célébration d’un lien, le gage d’une authenticité, d’une franchise, d’une précieuse honnêteté !
Tout en étant éminemment disparates du point de vue de la forme, les oeuvres de Félix-Antoine Boutin sont d’une remarquable cohérence thématique. Avec cette série de vignettes, des images qui sont souvent drôles, parfois émouvantes, cruellement fugaces, le créateur prolonge son exploration des rapports entre nature et culture, condition humaine et animale, vérité et mensonge, révélation et dissimulation ; en somme des oppositions qui innervent toutes ses réalisations.
Il faut tout de même admettre qu’on reste un peu sur notre faim. Tout d’abord parce que c’est trop court. De cet éveil du printemps, de ce puissant antidote à la morosité ambiante, on aurait facilement pris 30 minutes additionnelles. L’autre source de déception, c’est le peu de corps atypiques figurant parmi la quinzaine d’interprètes.
Tout en reconnaissant la délicatesse admirable du spectacle, sa douceur salvatrice, on ne peut s’empêcher de penser que des corps en rupture avec les standards auraient entraîné la représentation sur des territoires plus riches, plus complexes. Ce sera peut-être pour la prochaine fois.
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