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La Commission de la capitale nationale (CCN) et le corps policier de la MRC des Collines ont informé la FQN et la FCN qu’ils porteraient des accusations contre quiconque est trouvé nu au LAC MEECH ainsi qu’au VIEUX MOULIN et aux CHUTES de CARBIDE-WILLSON (dans le parc de la Gatineau). Les personnes ainsi arrêtées risquent d’être inculpées et, si elles sont jugées coupables, auront un casier judiciaire. La baignade et les bains de soleil nus le sont à vos propres risques. La MRC et la CCN prévoient accroître leurs opérations furtives et leurs arrestations aux deux endroits au cours de l’été 2012 en vertu de l’article 174 (1) a) du Code criminel du Canada selon lequel « la nudité est prohibée dans un endroit public ».


Cet avis demeurera en vigueur tant et aussi longtemps que la question sera à l’étude devant les tribunaux et que la CCN n’aura pas délivré de permis autorisant la nudité.


La nudité et le naturisme : point de vue d’un psychologue


MARC-ALAIN DESCAMPS, psychologue

Université René Descartes (Paris V)



1. Quelles études avez-vous faites sur le naturisme et pourquoi ?


J’étais en train de travailler à la construction de la psychologie du corps. Après avoir étudié le rôle des vêtements, j’ai écrit un livre sur la psychologie de la Mode. Et donc, j’ai voulu aussi savoir pourquoi certains voulaient vivre nus, sans vêtements. J’ai par conséquent mené une enquête dans les milieux nudistes. Mes recherches ont porté sur l’histoire du nu en découvrant que depuis le nudisme des Grecs, il y avait toujours eu en Europe des groupes qui réclamaient le droit d’être nus et qui à chaque siècle étaient exterminés pour avoir vécus nus. Géographiquement, j’ai étudié les mouvements naturistes en Europe et depuis la Nouvelle-Zélande jusqu’au Brésil. L’étude ethnologique m’a montré qu’il y avait toujours des Peuples nus sur tous les continents de l’Amazonie au désert australien. Après la philosophie du Nu, le plus intéressant a été la psychologie du nu et la psychanalyse du naturisme. Mais j’ai aussi étudié l’aspect économique (commercial, social et touristique) du phénomène. Je continue les études sur l’Image du naturisme et la place du nu dans la publicité.


Ceci m’a amené à soutenir en 1970 la première thèse sur "Le nu et le vêtement" à l’Université de la Sorbonne à Paris. C’est une étude comparant les arguments pour et contre les vêtements. Vingt ans après, elle a été réactualisée sous le nom de " Vivre nu".


 

2. La Pudeur a-t-elle varié ?


La pudeur est une convention sociale. Elle est liée au sentiment de honte devant les autres. Elle a beaucoup varié selon l’histoire, mais aussi géographiquement. Ce qu’il faut cacher a pu être : les cheveux, les organes génitaux, la bouche, les chevilles, les poils, les oreilles, les seins. Dans bien des pays, les seins des femmes n’ont rien à voir avec la pudeur, dans d’autres il est plus grave de montrer sa bouche que son sexe. Avec le string, les fesses ne sont plus à cacher. Pour les Orientaux, la pudeur porte sur l’expression des sentiments. Et en Occident, la honte pour les hommes était de pleurer et de montrer ses larmes. Dans l’éducation, les pleurs étaient réservés aux petites filles. Les rots sont bien vus à la fin d’un repas dans le Maghreb.



3. Quand a-t-on accepté le naturisme ?


C’est maintenant que commence le plus grand engouement pour le naturisme, car la société devient tolérante et libérale et elle commence à se délivrer des tabous millénaires. Le corps en effet (nu ou habillé) a été l’objet de la haine (ou somatophobie) depuis les religions dualistes de la Perse et de l’Iran, il y a 2 500 ans (voir Ce corps haï et adoré). La réconciliation avec le corps a débuté au XXième siècle seulement.


Aussi le naturisme n’est accepté que dans les pays évolués démocratiquement et laïquement. Il est pratiqué plus facilement dans les pays protestants (Angleterre, Allemagne, Scandinavie) que dans les pays catholiques (Italie, Espagne) ou orthodoxes (Grèce). Il est interdit et impossible dans tous les pays musulmans où même le visage de la femme doit être caché (Afghanistan, Iran, Indonésie, Arabie saoudite, Algérie…). Le pays le plus ouvert au naturisme est la France qui a su saisir sa chance et se doter d’un important parc de Centres de vacances, en sus de toutes les plages libres et de tous les Clubs péri-urbains. Cela aurait dû s’installer en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal et dans tous les autres pays de la Méditerranée, mais les mentalités religieuses l’ont interdit, alors c’est la France ouverte sur l’Atlantique et la Méditerranée qui en a profité. Et maintenant, elle reçoit deux millions de touristes naturistes tous les ans. Les pays nordiques (Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Hollande, Belgique…) sont ouverts à la nudité, mais leur climat fait qu’ils viennent prendre leurs vacances en France.



4. Et en Amérique ?


La même évolution n’a pas pu se faire aux USA où les quelques centres nudistes qui existent ont un esprit très différent du naturisme européen. D’Europe, ils apparaissent très commerciaux, plus liés à l’argent qu’à l’amour de la nature. Au Canada, à mon avis, existent les deux courants et dans le Québec, il existe un courant naturiste comme en Europe. On peut espérer que dans un avenir proche, l’idéal naturiste puisse se diffuser et la proscription du nu et la nature disparaisse. Il est opportun qu’un parc naturiste soit ouvert dans Montréal ; à Munich en Allemagne, il y en a déjà un et les gens s’y baignent librement avec ou sans maillot.


Le geste le plus osé pris en faveur du naturisme a été l’admission de plages naturistes libres en France en 1969. Mais dès 1934, une partie de l’île du Levant près de Hyères en mer Méditerranée a été ouverte au naturisme, puis en 1950 une partie de la plage de Montalivet (près de Bordeaux sur l’Atlantique) par un arrêté du Maire.  


Mais il ne faut pas oublier les Fils de la Liberté ou Doukhobors, ces Russes venus au Canada construire le "Canadian Pacific" en 1889 sous la conduite de Vereguine du Saskachevvan au Krestova qui se promenaient nus dans les villes jusque vers 1950.



5. Quels sont les bénéfices psychologiques personnels ?


Le naturisme apporte un ensemble d’avantages psychologiques. D’abord, il donne un sentiment de liberté, c’est une véritable libération que de laisser tomber les symboles des conventions sociales. C’est aussi un retour à l’état naturel, car tous les êtres humains ont pratiqué du naturisme au moins une fois dans leur vie. C’est au moment de leur naissance ; en sortant du ventre de leur mère, ils étaient nus, totalement, intégralement, sans aucun vêtement. Les jeans Lévi-Strauss ont fait une campagne d’affichage montrant un enfant qui sortait avec un jean, mais ce n’est pas vrai, jamais aucune technologie n’a réussi à faire naître des enfants habillés!


Ainsi on retrouve un sentiment d’innocence, c’est-à-dire de non-péché et de non-culpabilité. Car il ne faut pas oublier que selon la Bible quand Dieu a créé l’homme et la femme, il les a créé nus et il les fréquentait nus. Le premier vêtement est la conséquence de la première désobéissance et du péché originel ; dès que l’homme a mangé du fruit défendu, il a eu honte de son corps et s’est caché.


Et ceci fait ressentir à l’homme sa parenté naturelle, son insertion dans la nature. C’est pour cela que les Français ont inventé et imposé ce terme de naturisme (inconnu des Anglais qui ne parlent que de nudist), pour marquer que la nudité est un retour à la tenue naturelle de l’homme, qui lui fait sentir la vie de la nature, l’amour de la nature et développe l’écologie humaine.


L’être humain est ainsi vrai et authentique. Il y a eu une réhabilitation du corps et une réconciliation, c’est la fin de la division de l’homme et de la coupure du corps entre les parties montrables et les "parties honteuses". Il est franc, car il n’a plus rien à cacher.



6. Et quels avantages sociaux ?


Le naturisme a aussi des répercussions sociales en ce qu’il développe des sentiments d’égalité, de fraternité et de pacifisme (Vivre nu p. 70). Cela a été montré par l’exposition du Musée de la Civilisation de Québec Souffrir pour être belle.


Le naturisme ne doit jamais être imposé à ceux qui n’en veulent pas. Bien des personnes ont une grande honte de leur corps, de leur sexe et sont traumatisées par la vue du corps humain, elles ne pourront donc jamais se mettre nues. Et il faut respecter leur état, comme dans les différentes phobies. Bien des personnes ne supportent pas la vue des souris, des araignées ou des serpents et il ne faut pas leur imposer.  


Les naturistes, qui demandent qu’on respecte leur liberté, sont respectueux de celle des autres. Et ils sont contre tous les exhibitionnistes ou les voyeurs qui imposent la vue de leur sexe aux autres de façon provocante. Ils ont une grande pudeur et ne veulent pas être confondus avec la pornographie, les échangistes, les sado-masochistes, les prostituées… Il ne faut pas tout mélanger.


Les naturistes ne sont pas contre les vêtements : il faut les utiliser quand ils sont utiles, mais quand on n’en a plus besoin, pourquoi continuer à porter sur soi un maillot de bain qui ne sert plus à rien ?



7. Y a-t-il encore des peuples nus ?


Si la population d’un pays vivait nue, les comportements seraient forcément différents. Mais le "si" est de trop, car il y a quantité de peuples qui vivent intégralement nus (c’est-à-dire sans cacher les organes de reproduction). Ce sont les Grands Peuples Nus, sur tous les continents : Amérique (Amazonie, Fuégiens), Afrique (Nilotes, Pygmées, Boshimans, Karamajongs), Asie (Adaman, Jaïns, Nagas), Australie (Aruntas, Aborigènes), Polynésie (Maoris). Ce sont des peuples qui vivent dans une parfaite insertion naturelle, en économisant leurs ressources, sans aucun gaspillage dans une réelle écologie, en harmonie avec leur nature.



8. Quel avenir pour le naturisme ?


L’humanité finira par renoncer à son exploitation effrénée de la nature, à sa somatophobie, à la frénésie de l’argent et du rendement à tout prix. Elle se réconciliera avec sa nature et reconnaîtra à chacun le droit à la nudité. Un jour, chacun aura le droit d’être nu ; la société sera moins pudibonde et il n’y aura plus de honte et de haine du corps.



Références


Descamps, Marc-Alain, Vivre nu, Paris éditions Trismégiste, 1987


Descamps, Marc-Alain, Le regard de l’autre, dans Souffrir pour être belle, Québec, éditions Fidès, 1988